La mobilité électrique verte : Une opportunité de croissance stratégique horizon 2030

⏱ 7 min de lecture

M Nabil ASSOUALI
Ingénieur d’Etat et Directeur de projets
Expert en Management et Direction des grands projets – CentraleSupélec Paris

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Introduction

L’organisation conjointe de la Coupe du Monde 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal dépasse largement le cadre d’un simple événement sportif mondial. Elle constitue une opportunité historique pour corriger nos faiblesses, transformer nos défis en leviers de développement et accélérer notre transition vers un modèle économique plus durable.

Dans cette dynamique, la mobilité électrique verte se présente comme un levier stratégique majeur : elle permettrait de dynamiser l’économie locale, de réduire notre dépendance aux énergies fossiles, et d’inscrire résolument le Maroc dans la trajectoire de transition écologique souhaitée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Une économie d’échelle sur toute la chaine de valeur

Le Maroc a déjà franchi des étapes importantes dans le domaine des énergies renouvelables, avec une capacité installée dépassant 4 000 MW (solaire, éolien et hydraulique), et un objectif ambitieux d’atteindre 9 338 MW à l’horizon 2030, soit près de 52 % de notre capacité de production électrique.

Cependant, le secteur des transports reste encore largement dépendant des carburants fossiles, ce qui expose notre économie aux fluctuations des marchés internationaux. Selon un rapport récent du Conseil de la Concurrence, les importations de carburants (essence et gasoil) ont atteint 1,47 million de tonnes au premier trimestre 2024, pour une facture de 12,89 milliards de dirhams (MMDH). Ce poids sur notre balance commerciale constitue une vulnérabilité majeure.

À l’approche de 2030, La mobilité électrique verte qui repose sur une combinaison entre énergies renouvelables et de moyen de transport électrique représente un levier d’optimisation économique global, les gains sont tangibles sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production locale d’électricité renouvelable (moins coûteuse et moins volatile que les carburants fossiles), en passant par les coûts d’entretien réduits (moins de pièces mécaniques, pas de vidange ni de courroie), jusqu’à l’allègement des charges fiscales.

Cette mobilité contribuera à une :

  • Amélioration du pouvoir d’achat : en effet et si on se focalise sur un des axes et acteur de la mobilité électrique ;le consommateur ; l’impact est immédiat et significatif. Un véhicule thermique consommant en moyenne 5 à 6 litres aux 100 km revient à environ 55 dirhams pour chaque 100 km parcourus. À titre de comparaison, un véhicule électrique consomme environ 16 kWh/100 km, soit environ 25 dirhams pour la même distance.

Résultat : le budget transport est littéralement divisé par deux, ce qui représente une hausse de pouvoir d’achat de près de 50 % pour les automobilistes sur ce poste de dépense.

  • Diminution progressive de la facture en devises : Cette économie directe permet de réorienter des ressources financières vers des investissements productifs internes : infrastructures, recherche, formation, innovation industrielle…

Résultat : Renforcement du PIB et développement de l’économie local avec création de conditions propices à l’émergence de nouvelles chaînes de valeur industrielles, liées aux technologies vertes : assemblage de véhicules électriques, fabrication de batteries, conception de bornes de recharge, services de maintenance, recyclage de composants électroniques.

Les défis à relever pour réussir

Malgré les nombreux atouts qui plaident en faveur de la mobilité électrique au Maroc, plusieurs freins structurels et conjoncturels persistent et doivent être levés pour assurer le succès de cette transition.

Tout d’abord, les incitations fiscales actuelles restent timides. Si les véhicules électriques bénéficient d’un droit d’importation réduit à 2,5 %, ils sont encore soumis à la même fiscalité que les véhicules hybrides. Cette absence de distinction réelle freine l’adoption des modèles 100 % électriques. Pour impulser un changement de cap rapide, l’exonération totale des droits de douane pour les véhicules purement électriques, au moins durant une période transitoire, serait une mesure forte et incitative.

Ensuite, l’infrastructure de recharge demeure largement insuffisante. Aujourd’hui, la faible densité de bornes de recharge constitue un frein majeur pour les particuliers et les professionnels souhaitant opter pour l’électrique. Le maillage du territoire en stations de recharge, y compris dans les zones rurales ou périphériques, doit devenir une priorité nationale, à l’image de ce qui a été fait pour le réseau autoroutier ou les télécommunications. Un plan ambitieux de déploiement public-privé est nécessaire pour garantir l’accessibilité et la continuité de service sur tout le territoire.

Par ailleurs, la question du financement de l’achat des véhicules électriques reste sensible. En l’absence de mécanismes adaptés, ces véhicules restent plus coûteux à l’achat malgré des coûts d’usage très inférieurs. Il serait pertinent de mettre en place des crédits verts à taux préférentiel, soutenus par l’État ou par des institutions de financement du développement, afin de faciliter l’accession à la mobilité électrique.

La transition vers l’électromobilité pose également un défi en matière de compétences et de formation professionnelle. Les filières classiques de mécanique ne sont pas encore adaptées aux spécificités des véhicules électriques, tant en matière de diagnostic que de maintenance. Il devient donc indispensable de développer des formations techniques ciblées dans un but d’avoir des centres spécialisés dans la réparation et la gestion du cycle de vie des véhicules électriques

Un autre obstacle important est la réticence culturelle du consommateur marocain, encore fortement attaché au diesel, souvent perçu comme plus robuste, économique et accessible. Il faudra donc mener un effort de sensibilisation massif, en s’appuyant sur des campagnes d’information, des essais gratuits, et en mettant en avant les économies concrètes à long terme pour les utilisateurs.

Enfin, pour accompagner ce mouvement, le cadre législatif et réglementaire devra évoluer. Il s’agira notamment de favoriser d’avantage l’ouverture du marché de la distribution de l’électricité, aujourd’hui marqué par un quasi-monopole, pour permettre à des opérateurs privés d’investir dans les infrastructures de recharge et la fourniture d’énergie verte. Une telle adaptation réglementaire garantirait un écosystème dynamique et compétitif, capable de répondre aux besoins d’une mobilité durable et moderne.

Une fondation pour catalyser le changement

L’expérience marocaine en matière de mécanisme de gestion de grands projets structurants a démontré clairement que les projets stratégiques et structurants sont gérés par des fondations à but non lucratif.

Des secteurs stratégiques comme la santé, le social ou encore l’éducation ont connu un essor remarquable lorsqu’ils ont été portés par des entités autonomes, agiles et dotées d’une vision à long terme. La mobilité électrique verte, aujourd’hui au cœur de la transition énergétique, est un projet stratégique et mérite-t-elle aussi une telle prise en charge.

Créer une Fondation pour la mobilité électrique serait une réponse concrète, pragmatique et ambitieuse aux défis identifiés. Cette fondation, indépendante mais alignée avec les objectifs nationaux, pourrait jouer un rôle de catalyseur et de coordinateur entre les acteurs publics, privés, académiques et internationaux. Ces principales missions seront :

  • Contribution au renforcement de la mobilité électrique au Maroc.
  • Contribution à l’enseignement, à la formation et à la recherche dans le domaine
  • Coopération avec tout organisme, association,  établissement ou administration poursuivant au Maroc ou à l’étranger un but similaire.

2030 : Une échéance stratégique

La Coupe du Monde 2030 n’est pas seulement une échéance sportive : c’est une vitrine planétaire pour le Maroc. Elle doit devenir un catalyseur de transformation vers une mobilité durable, inclusive, innovante et locale.

En adoptant une démarche Lean et collective, le Maroc peut, réduire ses coûts énergétiques, valoriser son image à l’international, stimuler son industrie locale, protéger l’environnement et préparer un avenir plus propre pour les générations futures.

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1 réflexion sur “La mobilité électrique verte : Une opportunité de croissance stratégique horizon 2030”

  1. Bravo à M. Nabil pour cet article clair et inspirant.
    Il montre bien que la mobilité électrique n’est pas un luxe, mais une vraie chance pour le Maroc :
    Moins de dépenses pour les familles,
    Moins de dépendance au pétrole,
    Plus d’emplois dans les énergies vertes.
    Il est temps d’agir ensemble pour une mobilité propre, locale et durable.
    Merci pour cette belle contribution !

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